Eva Tanguay

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En 2005, l'ATCD inaugurait un espace-hommage à une grande dame du music-hall madame Eva Tanguay née à Dudswell. Vous trouverez ci-bas un texte de Jacques Robert relatant les grandes lignes de la vie de cette artiste de grand talent.

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Par Jacques Robert
Cent ans avant Céline Dion et Madonna, il y eut la grande Eva Tanguay. Dans le premier tiers du XXe siècle, elle attira des centaines de milliers d’admirateurs obsédés par ses chansons grivoises, ses costumes extravagants et sa liberté sexuelle.

L’historien Douglas Gilbert disait d’elle: « Il y avait plus de sexualité dans un seul de ses spectacles que l'on en aurait trouvé dans l’ensemble des bordels d'une ville minière. »

Eva Tanguay est née à Dudswell en 1878. Ses parents émigrèrent aux États-Unis alors qu’elle n’avait que quatre ans. Elle fit ses débuts dans la chanson et le théâtre à l’âge de huit ans. En 1904, elle était devenue une méga star admirée de tous à travers les États-Unis et connue dans les grandes villes européennes.  Au sommet de sa carrière, elle était l’artiste la plus imitée et la mieux payée de son époque.

Le nom d’Eva Tanguay ne veut pas dire grand-chose pour la plupart des citoyens de Dudswell. Et pour cause. Il faut retourner 130 ans en arrière pour connaître l’origine de cette petite fille née dans notre patelin.

Ses ancêtres Tanguay, originaires de Saint-Vallier, sur la rive sud de Québec, émigrèrent à Saint Charles sur Richelieu vers 1778, puis finalement dans la région de Saint-Hyacinthe vers 1824.

Son père, Joseph Octave Tanguay, fils de Joseph et d’Eulalie Dion, est né dans ce village le 26 août 1838 et fut baptisé le lendemain dans la paroisse Notre-Dame-du-Rosaire. Il fit des études en médecine et reçu son diplôme, au Canada Est, en mai 1860. Il alla rejoindre son cousin, Charles Tanguay à Weedon, probablement pour s’y installer comme médecin. Sept mois plus tard, soit le 1er décembre 1860, il épousait Adèle Pageau dans la paroisse Le Confesseur de Saint-Hyacinthe. Adèle était la fille de Marcellin Pageau et Adèle Allard de Keeseville, dans l’état de New York, des canadiens-français émigrés aux États-Unis depuis quelques années. Dans le recensement de 1860, pour cette localité américaine, Adèle Pageau y est mentionnée avec sa famille. Elle avait 18 ans. Lors de son mariage, elle était donc nouvellement arrivée à Saint-Hyacinthe.

Dans les jours qui suivirent la noce, le jeune couple vint s’installer à Marbleton. Dans le recensement de 1861, pour le canton de Dudswell, District No 1, nous retrouvons les deux tourtereaux, en pension, dans la famille d’Henry Gorton Bishop. Ils sont 14 personnes, incluant sept étrangers, dont cinq engagés, vivant dans une maison à deux étages, située sur la Hall Street (rue Des Érables), quelque part entre la maison de Pauline Labbé et celle de Maurice Lemelin. Dans ce document, Octave Tanguay y est qualifié de Doctor of Medecin et il est âgé de 23 ans.

Plus tard, ils habitèrent quelques temps à Marbleton dans la Maison Ashby puis déménagèrent à Lime Ridge ou plus précisément à Harding’s Corner, petite agglomération située approximativement sur le site du garage Breton Transport actuel. Ils habitaient la maison connue sous le nom de Gustafson house maison occupée en 1947 par Mme John Mann. Le Docteur Tanguay, reconnu et aimé de tous comme médecin de campagne pratiqua sa profession à Marbleton et Lime Ridge quelques temps puis à Coaticook en 1862, à Sherbrooke en 1868, à Robinson (Bury) de 1870 à 1872, puis à nouveau à Coaticook en 1875 et 1876. Il fut admis au Collège des médecins de la province de Québec le 7 juillet 1877.

C’est à Harding’s Corner que naquit la petite Eva, le 1er août 1878. Elle fut baptisée le 25 mars 1880 dans la Cathédrale Saint-Michel de Sherbrooke par le curé H.O. Chalifoux. Elle reçu les noms de Hélène et Eva. Ses parrain et marraine étaient François Samuel Alexis Pelletier et Hélène Lamontagne. L’acte de naissance mentionne que le père était absent mais ne nous apprend rien sur la mère. Eva et sa petite voisine et amie, Mabel, fille de M. et Mme James Hugh Barker, superintendant général de la Dominion Lime et premier maître de poste de Lime Ridge, (photo ci-haut à droite), étaient inséparables. Il y avait souvent des chicanes entre elles, la plupart du temps dû au caractère de petite lionne qu’était Eva, mais ces petites bisbilles ne duraient jamais très longtemps. Elles redevenaient aussitôt de grandes amies et elles continuaient leurs jeux d’enfants.

Puis, en 1882, ce fut la dure séparation. Comme des milliers de familles canadiennes-françaises, les Tanguay quittèrent Dudswell pour toujours et allèrent s’installer à Holyoke dans le Massachusetts, petite ville située à quelques kilomètres au nord de Springfield, sur l’autoroute No 91 aujourd’hui. C’est le Capitaine Elizur Holyoke qui, en 1633, explora la vallée de la rivière Connecticut pour y trouver des terres à coloniser. Initialement installés à Springfield, les colons se déplacèrent à dix kilomètres plus au nord pour y fonder Holyoke.

En 1883, nous retrouvons la famille Tanguay installée au 321, Main Street à Holyoke. Joseph Octave pratique comme médecin-physicien. En 1884, les Tanguay déménagent au 60 Race, Holyoke. La famille vivra à cette adresse jusqu’à la mort du père survenue le 6 septembre 1886. La cause de la mort de Joseph Octave, 48 ans et 11 mois, semble avoir été une maladie du foie (abdomina dropsy). Cette mort subite laissa la petite famille dans la dernière des misères, isolée et sans ressources. Les années qui suivirent furent pénibles. À 46 ans, Adèle déménage sa famille au 94 Bond Street, toujours dans les limites d’Holyoke. Elle faisait des ménages un peu partout afin de nourrir ses trois enfants à la maison, Adolphe-Étienne, 17 ans, Eva, 8 ans et Blanche, 12 ans. Amante de la chanson et de la musique, la pauvre mère trouvait le temps d’initier ses petits à sa passion. C’est Eva qui fut la plus impressionnée par ces belles soirées passées à chanter et à danser. La petit famille assistait régulièrement aux concours d’amateurs à la salle Parson’s d’Holyoke. Eva rêvait de devenir une grande actrice. Un beau jour, elle décida de se présenter à l’un de ces concours.

C’est une petite fille de huit ans, tremblant de tous ses membres, qui se présenta à la salle municipale un soir de l’automne 1886. Le gérant qui avait réunis les participants et participantes arriva devant Eva et éclata de rire. Le costume qu’elle portait était tout à fait grotesque. Il était fait entièrement d'un grand parapluie usagé. Un trou y avait été pratiqué par lequel elle s’était infiltrée. Le bas de la "chose" avait été arrangé avec des frisons pour lui donner l'aspect d'une robe de ballerine. Le reste du costume était fait de serviettes de table et de tissus usagés. « Chère enfant, voulez-vous bien me dire où vous avez trouvé votre costume? » demanda le sympathique directeur de théâtre. « Je l'ai fabriqué moi-même », répondit la petite. « Nous sommes très pauvres. Je n'avais pas d’argent pour m’en acheter un. Chez nous, j'ai trouvé tout ce qu'il fallait. Je veux devenir une grande actrice et gagner beaucoup d'argent pour aider ma maman ». À la fin de la soirée, la petite Eva quitta la salle avec le premier prix du concours en poche. Ce fut le début d’une extraordinaire carrière musicale et théâtrale. 

L’ascension d’une méga star
Un jour, la Redding Stanton Repertoire Company vint présenter une série de spectacles à Holyoke. Malheureusement, une des petites filles faisant partie de la troupe, tomba malade. Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, c’est Eva qui en profita. Elle fut choisie pour remplacer la jeune malade au sein de la troupe. Elle fit ses débuts dans la pièce Little Lord Fauntleroy. Par la suite, accompagnée de sa mère, elle fit de nombreuses tournées avec cette compagnie et se produisit ainsi pendant quelques années,  dans plusieurs villes Américaines.

Sans grandes envergures, ces tournées lui permirent de se faire connaître des critiques artistiques. Selon eux, Eva n’avait pas une belle voix et elle avait tout à apprendre des rudiments de la scène. Malgré cela, elle possédait tout ce qu’il fallait pour devenir une star. Elle avait un corps assez bien tourné et elle savait comment le mettre en valeur.

En avril 1896, au New Imperial Music Hall, Eva joue Kaloma dans la pièce "A Hoo-Doo" de Samuel H. Speck. Les critiques lui sont favorables et son nom commence à résonner dans le monde artistique. En 1898, à l’âge de 20 ans, elle est devenue une star très en vue et très recherchée. Elle joue pour la première fois à New York dans la pièce The Engineer, produite par Bertram and Willard et présentée au People's Theater sur Bowery. Puis elle joua peu de temps après, dans une comédie musicale au Imperial Music Hall sur Broadway.

Au tout début du XXe siècle, elle décroche un rôle important dans deux comédies musicales majeures, présentées toutes deux au Victoria Theater de New York. La première, My Lady débute le 11 février 1901 devant une "très grande audience". La deuxième, The Office Boy, sera à l’affiche en novembre 1903. Pour Eva Tanguay, ce sera sa "rampe de lancement".

En 1904, elle forme sa propre entreprise: The Eva Tanguay Comedy Company qui joue une première fois au Hammerstein's Victoria à New York. Elle connaît la consécration comme star, la même année, lorsqu'elle joue dans la pièce The Chaperons et qu’elle chante pour la première fois sa chanson I Don't Care (Je m’en fous) qui, cette année-là, la consacrera grande vedette.  On la verra dans Sambo Girl en 1904, dans A Good Fellow en 1906, puis dans Salome en 1908. En 1909, avec les Florenz Ziegfeld's Follies, son étoile brille très haut dans le firmament des artistes.  Elle est surnommée la Reine du vaudeville et de la comédie musicale.

À l'époque, Florenz Ziegfeld s'était inspiré des Folies-Bergère de Paris pour monter une revue avec les grands comédiens du moment et des chorus girls somptueuses, dont certaines devenues célèbres (Paulette Goddard, Louise Brooks). De 1907 à 1931, tout New York se presse aux Follies. Doris Eaton Travis, la dernière danseuse des Ziegfeld Follies, vit encore aujourd’hui dans un ranch de l’Oklahoma. Elle est âgée de 102 ans (2006).

Sa montée fut fulgurante. En 1904, son salaire passa de $500 à $3,500 par semaine alors qu’à cette époque, un travailleur d’usine gagnait à peine 12 cents de l’heure. Un jour, à Buffalo, le propriétaire d’un théâtre refuse de lui payer les $3,500 qu’elle réclame pour une semaine de spectacle. «Très bien, dit-elle. Je me contenterai des recettes excédant la moyenne des revenus d’une semaine que vous rapporte votre salle. » Cette semaine là, Eva empocha $12,000. À l’apogée de sa carrière, elle gagna jusqu’à $5,000 par semaine.

Elle ne désappointait jamais son audience. Chaque soir, elle réservait une surprise à son publique. Elle n’avait pas peur de porter des costumes tous plus provocants et plus extravagants les uns que les autres. Dans la production de "Salome", les costumes étaient tellement provocants que des groupes féministes avaient obtenu le retrait de toutes les affiches posées dans les lobbys des théâtres où elle se présentait. Pour la première de cette pièce, elle convoqua les journalistes et elle leurs dit: « Devinez ce que je porterai pour la première de Salome? » Puis elle ouvrit la main et elle leurs montra deux perles et un petit morceau de tissus. « Voilà mon costume pour ce soir! ». Dans une autre de ses prestations, son costume était fait de petites tablettes à écrire et de crayons collés ensemble. Dans une autre, son costume consistait en une avalanche de dollars collés ensemble.

Eva apparaît souvent sur la page couverture des grandes revues du temps comme le Up To Date du samedi 11 mai 1901 et The Billboard du 19 juillet 1913. Un jour, elle se produira  devant le président américain Thomas Woodrow Wilson. On la présente souvent sous différents sobriquets: The Girl Who Made Vaudeville Famous, The I Don't Care Girl, The Evangelist of Joy, The Little Cyclone on Legs, The Queen of Perpetual Motion. Les chansons qui la rendirent célèbre furent: I Don't Care What Happens To Me - Great Mother Song - It's All Been Done Before But Not The Way I Do It - Go As Far As You Like - I Want Somebody to Go Wild With Me - I've Got to Be Crazy - New York I'm All For You - I Can't Help It, etc. Son répertoire comprenait plusieures de ses propres compositions.

Eva Tanguay avait d’autres cordes à son arc. Alors que la production de disque était à ses débuts, elle enregistra quelques chansons pour la Nordskog Records. Elle tourna également dans deux films. Le premier intitulé Energetic Eva, fut tourné en 1916. L’année suivante, elle figurait dans son dernier film, The Wild Girl. Les deux films furent financés par la Eva Tanguay Film Corporation.

De son propre aveu, Eva n’était pas particulièrement jolie et ne possédait pas une très belle voie. Mais son exubérante personnalité et l’enthousiasme avec laquelle elle performait, fascina son audience pendant plus de vingt ans. Toutes les artistes l’aimaient et l’imitaient. Elle fut l’idole et le modèle des mégas stars de la première moitié du XXe siècle, telle que Mae West, Judy Garland, Irene Castle et Joséphine Baker. Elle était admirée autant des femmes que des hommes. Un observateur étonné écrivait : « Où qu’elle joue, une foule de femmes se presse à l’entrée des artistes pour l’entrevoir, ne serait-ce que quelques secondes, avant qu’elle ne s’engouffre dans sa voiture ». Après avoir vu un de ses spectacles, le poète anglais Aleister Crowley comparait Eva Tanguay aux grandes artistes de music hall, Marie Lloyd d’Angleterre et Yvette Guilbert de France. Il disait d’elle: « Eva Tanguay est la parfaite artiste américaine. Elle est l’âme, la sublime catin de l’Amérique. Elle est seule. Elle est la déesse inconnue. Elle est d’une innocence chaste dans sa colossale corruption. » Dès 1907, le New York Dramatic Mirror décrivait Eva Tanguay comme un aimant (a magnet) capable d’attirer les foules comme nulle autre artiste. Un vétéran du vaudeville déclara un jour que seul Harry Houdini, qui pouvait se défaire de ses chaînes et sortir vivant de ses boites de métal submergées, avait presque réussi à attirer autant de monde que la grande Eva Tanguay. La revue "Variety" écrivait d’elle: « Tanguay est au vaudeville ce qu’est Babe Ruth au baseball et Chaplin au cinéma... »

La fin d’une grande artiste
Eva Tanguay perdit toute sa fortune, évaluée à environ deux millions de dollars, lors du Krach de 1929. En même temps, sa santé se détériora rapidement. En 1927, elle commença à éprouver des problèmes de vision. Elle continua à performer malgré cet handicap. Elle avait une entente avec les gérants de théâtres. Une lumière rouge devait être installée au milieu de la scène pour lui servir de point de repère. Malgré cela, lors d’une représentation, elle tomba dans le puit de l’orchestre. En 1932, presque aveugle, elle performa pour la dernière fois dans un théâtre d’Holyoke. Elle vécu quelques temps dans cette ville et à Ashfield avec sa nièce Florence. L’année suivante, l’une de ses fidèles amies, Sophie Tucker, paya pour une opération qui lui redonna la vue. Puis elle retourna à Hollywood, dans son petit bungalow situé au 6207 Lexington Avenue, à Los Angeles. En 1937, des crises d’arthrite la rendirent invalide. En 1938, sa nièce Florence (Mme Joseph Dufresne) recevait une nouvelle inquiétante de sa tante Eva. Le Dr. Wendell W. Starr, le médecin traitant d’Eva, ne lui donnait que quelques jours à vivre. Mais la petite fille de Dudswell, de forte constitution, vivra encore neuf ans, réfugiée dans son humble demeure, dans la noirceur de sa chambre à coucher, entourée de vieilles photos jaunies lui rappelant ses années de gloire.

En 1939, elle était partiellement paralysée et elle ne recevait plus personne, sauf quelques amies très proches telles que Sophie Tucker, Mae West et Irene Castle. Elle est décédée à l’âge de 68 ans le 11 janvier 1947, victime d’une hémorragie cérébrale. Une foule de plus de 500 admirateurs, surtout des femmes, assistèrent à ses funérailles, preuve qu’on ne l’avait pas oubliée. Elle est inhumée au cimetière Hollywood Forever en Californie. À sa mort, sa fortune était évaluée à $500.

En 1953, la Twentieth Century-Fox produisit un film intitulé "The I Don't Care Girl," dans lequel l’actrice Mitzi Gaynor personnifiait Eva Tanguay. Ce film raconte la vie d’Eva pendant la première décade du XXe siècle, alors que sa carrière était en pleine ascension. Ce film ne fut pas une réussite au box-office, mais il prouve que certaines personnes pensaient encore à elle, vingt cinq ans après sa retraite du show-business et six ans après sa mort. La "Library of Congress" conserve une copie de ce film, qui peut être visionné sur demande. L’auteur de cet article possède une copie sur DVD.

Les Retrouvailles
En 1900, Eva Tanguay vint jouer à Montréal au Princess Theater situé sur la rue Sainte-Catherine. Son amie d’enfance, Sarah Mabel Maud Barker (devenue en 1910, Mme Frederick Hamilton Bradley, de Sherbrooke), assista à l’un de ses  spectacles. « À cette époque, je chantais professionnellement à Montréal et je suis allée voir Eva en spectacle », se rappelle Mme Bradley. « Nous avons passé une magnifique semaine ensemble. Dans ses temps libres, Eva venait me rejoindre et nous parlions de nos belles années d’enfance passées à Dudswell. Elle était restée la même. Elle ne m’avait pas oubliée. Eva était 50 ans en avant de son temps et aurait pu faire sensation encore aujourd’hui ».

Ces remarques sur son amie Eva Tanguay, Mme Bradley les fit à une journaliste du Sherbrooke Daily Record, en 1947, à la mort de la grande star. Pour clore l’entretien, elle ajouta: « Vous pouvez utiliser mon nom, je suis fière d’être associée à cette grande dame, si bonne et si charmante, même si ici, dans son pays d’origine, plusieurs s’objectent à sa carrière.  Je n’oublierai jamais cette fille pleine de vie et de joie de vivre ».

Le 23 juillet 1899, le grand vicaire du diocès, H.O. Chalifoux, procéda à la bénédiction de l’église actuelle de Saint-Adolphe-de-Dudswell. C’est lui, qui baptisa Eva Tanguay en 1880, alors qu’il était curé de la Cathédrale de Sherbrooke. C’est aussi l’amie d’enfance d’Eva Tanguay, Mlle Mabel Barker, qui chanta un "Ave Verum" à l’offertoire. Ce fut au dire des journaux, une très belle fête religieuse.

La vie intime d’Eva Tanguay
Eva quitta Holyoke à l’âge de 10 ans, mais elle garda toujours ‘’un pied à terre’’ dans sa ville d’adoption, plus précisément au 178 Pleasant Street, Holyoke. Une rumeur veut qu’Eva donna naissance à une enfant illégitime. Officiellement, Florence était sa nièce. Elle fut élevée chez une amie, Mrs. Otis P. Howes, de Ashfield, Mass. En 1916, Eva acheta la maison voisine de celle occupée par Mrs Howes pour donner un foyer stable à sa nièce, Florence, alors âgée de 12 ans. Après sa retraite du show-business, Eva vécu un court moment dans cette maison. Florence est décédée le 29 décembre 1976, en Floride. Sur son certificat de décès, il est mentionné qu’elle était la fille de Mark Tanguay (frère d’Eva) et de… Grundy, d’origine inconnue. Florence aussi connue sous le nom de Florenz ou Flossie, est décédée d’un accident cérébo-vasculaire comme sa tante Eva. Florence épousa Joseph Dufresne et ils eurent trois enfants, Barbara, Mark et Larry.  Barbara est toujours vivante (2005), et demeure en Arizona.

Eva est toujours demeurée très proche de sa famille et de ses rares amis. Elle visitait régulièrement ses frère et sœur à Ashfield ou à Holyoke.

Eva se maria à deux reprises, peut-être trois. La première fois, le 24 novembre 1913, à Ann Arbor, Michigan avec John W. Ford, danseur de sa troupe. Treize mois plus tard elle se séparait de lui et demandait le divorce en 1917.

Puis, le 22 juillet 1927 à Santa Ana en Californie, elle épousa son pianiste Alexander Booke, de qui elle obtient une annulation de mariage la même année, pour la raison que celui-ci n'avait pas utilisé son vrai nom lors du mariage... Il disait se nommer Allan Parado  alors que son vrai nom était Chandos Ksiazkewacz. Certaines rumeurs, non vérifiées, laissent entendre qu’elle se serait mariée une troisième fois avec un certain Roscoe Ails, un acteur de vaudeville, de qui elle aurait également divorcée. Elle ne parla jamais de ce mariage.

Elle aimait les chiens et ses amis disaient qu’elle détestait la chanson qui la rendit célèbre "I Don't Care" écrite par John Lennox. Elle ne se gênait pas pour la comparer à un "déchet" (wretched song).

Durant les années 1930, Eva revint vivre à Holyoke et à Ashfield pour une courte période. Puis elle retourna pour toujours à Hollywood.

Harding’s Corner
À l’époque de la naissance d’Eva Tanguay, à une courte distance de l’hôtel "Dominion House" de Lime Ridge, dans le canton de Dudswell, deux chemins se croisaient, celui qui menait de Bishop’s Crossing à Saint-Camille (255 actuelle) et le chemin Gosford qui menait de Québec à Sherbrooke. Plusieurs maisons étaient construites autour de cette intersection. M. et Mme John Harding (Maria Westman) habitaient l’une d’elles. Pour cette raison, les gens appelaient l’endroit: "Harding’s Corner". Tout près, sur le chemin Gosford, il y avait un petit cimetière qui était désigné sous le nom de Harding’s Corner Cemetery. Ce cimetière n’existe plus ayant été détruit lors de l’agrandissement de la carrière de chaux de la Cie Graymond. Sur le chemin de Saint-Camille, il y avait une école dans laquelle se tenaient les services religieux et l’école du dimanche. Les enseignants et les Révérends venant de l’église Saint-Paul de Marbleton. Cette école fut déménagée pour servir de maison privée.

La maison "Gustafson"
La maison "Gustafson", appelée plus tard la maison "Jack Mann", fut construite par M. Carl Gustafson, le père de Ralph, le célèbre poète canadien né à Harding’s Corner (Lime Ridge) en 1909. Elle était érigée au sud de chemin Gosford et à l’est de la route 255, dans le petit hameau de "Harding’s Corner". Dans le livre de Marbleton, (pour le village de Lime Ridge) elle porte le numéro 26. En 1947, cette maison était habitée par Mme John Mann (Bernice Isabel Westman).

Florenz Ziegfeld
Dans le journal New York Dramatic Mirror, du 21 décembre 1895, il y a une photo montrant l’homme fort Eugen Sandow imitant un numéro de Louis Cyr, notre homme fort québécois, en faisant semblant de soulever sur son dos toute la compagnie théâtrale du Trocadero de Chicago. Son promoteur, était le génial Florenz Ziegfeld, que l’on peut voir assis directement au-dessus de sa tête. Il est à noter que notre Louis Cyr a fait carrière aux États-Unis. Eva Tanguay joua dans l’une des productions de Ziegfeld.